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Un peu d'histoireHommage à PAUL LAGARDE et à tous nos "metayers" ariégeois morts pour la France

L'attention que nous portons depuis trois ans à nos chers "poilus" a fait émerger un phénomène qui nous avait échappé jusqu'ici ou dont, tout au moins, nous n'avions pas perçu l'importance : la présence, dans la Vallée de l'Arbas, toutes communes confondues, d'ouvriers agricoles ou de familles de métayers originaires de l'Ariège voisine, essentiellement du Couserans.

A la fin du XIXème siècle, alors que les familles entières de chez nous partent vers les villes ou même émigrent en Amérique, d'autres arrivent de Rimont, de Lescure ou de Rivèrenert pour travailler des terres qui manquent de bras. Les deux phénomènes sont-ils liés? Certains Ariégeois, moins hardis que les autres, hésitent-ils à faire le grand saut et se contentent-ils d'une migration de quelques dizaines de kilomètres, moins dépaysante?

En tout cas il est frappant de constater qu'à Montastruc, par exemple, sur les vingt-huit Morts pour la France que nous avons pu répertorier, sept étaient nés en Ariège ! Un sur quatre!

- BARAT Paul, né à Montjoie

- CAMPOURCY François, né à Labastide-de-Sérou

- CAMPOURCY Jean, né à Labastide-de-Sérou

- CASTERAS Jean (dit Paulin), né à Rimont

- DENAT Alexis, né à Rimont

- DESCOUINS Jean, né à Oust

- LAGARDE Paul, né à Lescure

Peut-on en conclure que le quart de la population de chez nous était d'origine ariègeoise ? Ce serait aller un peu vite en besogne... Mais si l'on ajoute à ces noms les Escaich, Eychenne, Sentenac, Ousset, Ribet, Soula, Raufast, Dedieu, Icart, Dubuc, Denamiel et beaucoup d'autres, on peut prendre conscience de l'importance du phénomène de déplacement d'Est en Ouest des Couseranais. La question que l'on peut se poser est de savoir s'il a existé une migration aussi importante en sens inverse.

A travers Paul LAGARDE, c'est à tous ces Ariégeois de chez nous que nous souhaitons rendre hommage ici.

Paul Lagarde

Le soldat Paul Lagarde, marsouin de 2ème classe au 24ème RIC, tombé au champ d'honneur le 16 avril 1917, au chemin des Dames, était un enfant de chez nous même s'il était né, le 24 février 1882 à Loubersenac, commune de Lescure, en Ariège. Ainé d'une famille de huit enfants ( 5 garçons et 3 filles), il suivra ses parents, Jean Lagarde et Marie Descouens, métayers à Cazavet d'abord, avant de s'implanter à Montastruc en 1912 où une autre branche de la famille Lagarde est déjà installée; ils résidaient au quartier de Lannes, dans l'ancien couvent aujourd'hui démoli ( en face de chez Cécile Pique "Pitèle") mais travaillaient la propriété de l'ancien maire Bertrand PAC  à Larrigau ( Aucat). C'est là qu'il fera connaissance avec celle qui deviendra son épouse le 19 avril 1913, Jeanne Marie Escaich, dont les parents, originaires de Lescure eux aussi, sont également métayers à Larrigau chez "Hélin".

Mais le 18 septembre suivant Jean, le chef de famille, meurt prématurément à l'âge de 60 ans et Paul se retrouve chef d'exploitation... Paul Lagarde n'était pas très grand, 1,63m, peu instruit ( il savait à peine lire). Il avait les cheveux et les yeux châtains, le visage ovale, le nez relevé...En tant qu'aîné de famille nombreuse il sera dispensé de service militaire c'est-à-dire qu'il n'effectuera que 10 mois au lieu des deux ans réglementaires. Il est incorporé, le 14 novembre 1903, au 20 ème RI ( toulouse) jusqu'au 18 septembre 1904 puis affecté à la réserve du 83ème RI à Saint-Gaudens; le 15 avril 1914, comme beaucoup d'autres, il est transféré au 14ème Colonial de Perpignan dans le cadre du plan XVII.

Mobilisé le 11 août 1914, il part pour le front le 3 septembre et rejoint son unité près de Vitry-le-François au moment où se déclenche la bataille de la Marne.

Peu après son départ, jeanne Marie, son épouse, restée à la maison, s'aperçoit qu'elle est enceinte! L'enfant, un garçon, prénommé Roger, Jean-Marie, naîtra le 1er avril 1915 à Larrigau dans la maison des parents de la mère, coutume générale à l'époque ( maison de Marie Bringué) et non chez son mari, à Lannes.

Ce jour-là Paul se trouve dans une situation délicate en Champagne : les troupes coloniales viennent de reprendre le fortin de Beauséjour à l'ennemi après des combats acharnés et meurtriers, en ce premier jour d'avril 1915 c'est le régiment de Paul qui se trouve en premier ligne pour défendre le terrain conquis ls jours précédents tandis que les Allemands bombardent à outrance la colline qu'ils viennent de perdre; et, tous les jours, des hommes tombent frappés par des éclats d'obus. Paul s'en sortira mais, six mois plus tard, il aura moins de chance : pendant la préparation de l'attaque de la Main de Massiges, dans la Marne, un éclat d'obus le frappe à la cuisse droite le 1er octobre. Evacué vers un hôpital où il sera soigné pendant deux mois, il retournera au dépôt, à Perpignan, le 30 novembre suivant. C'est, sans doute, pendant sa convalescence qu'il pourra venir voir son fils Roger, âgé de 8 mois.... Il retourne au front le 21 janvier 1916 et participe brillamment à des combats, sur la Somme, ce qui lui vaudra une citation à l'ordre du régiment le 17 juillet 1916 : "Fusilier-mitrailleur courageux et dévoué : malgré la violence et l'intensité du feu, n'a pas hésité à mettre son fusil en batterie pour coopérer à la destruction d'une mitrailleuse ennemie. A participé à de nombreux combats" Il recevra, de ce fait, la Croix de Guerre ( étoile de bronze). Au mois de mars 1917, le régiment fait mouvement vers l'est, le plus souvent à pied et à marche forcée, la nuit, pour venir se placer devant Laffaux, dans l'Aisne, dans la perspective d'une offensive sur le Chemin des Dames. C'est là que, dans la matinée du 16 avril, Paul perdra la vie, peut-être tué par un obus français ! En effet, lorsque l'attaque est déclenchée à 9 heures précises, un brouillard épais couvre le champ de bataille et l'artillerie française ne peut pas situer la progression de nos troupes. Le sous-lieutenant Charles Tardieu qui commandait une section de la 9ème compagnie ( celle de Paul) a raconté en détail les évènements, il a lui même, envoyé des fusées rouges pour signaler sa position; en vain ! L'artillerie ennemie continuait de tirer trop court ! il ne restera rien de la 9ème compagnie : tous les officiers seront tués ou blessés. Le terrain conquis est couvert de cadavres bleus ! Le sous-lieutenant Tardieu avec quelques hommes qui lui restent, à court de munitions, est fait prisonnier...

D'abord porté officiellement disparue, la dépouille de Paul sera finalement retrouvée le 20 avril, provisoirement inhumée dans une tombe dans une carrière de Laffaux près du hameau des "Trous" ( plaque n°935 en plomb) et transférée, en 1921, dans la Nécropole Nationale de Vauxaillon où elle repose, aujourd'hui, dans une tombe numérotée 1271.

Jeanne Marie, elle, sera déclarée "veuve de guerre" et touchera une pension tandis que le petit Roger sera classé, en 1918, "pupille de la nation" ce qui lui permettra de suivre des études gratuitement ( à la charge de l'Etat). Il ira à l'école à Lannes et ses anciens camarades de classe se souvenaient d'un élève studieux et tenace; parfois, son institutrice, Madame Castex, lui donnait un problème particulièrement compliqué à résoudre. S'il n'y parvenait pas il refusait l'aide de la maîtresse : il prenait le travail à la maison et, dut-il y passer la nuit, revenait le lendemain avec la solution! Parfois, les soirs d'hiver où l'institutrice l'avait fait travailler après les autres, il quittait l'école à la nuit tombée; il prenait la route de Larrigau, mais, angoissé, allait frapper chez "Milou" pour que quelqu'un l'accompagne jusqu'après le cimetière. La grand-mère se faisait un plaisir de lui rendre ce service ! Il fera carrière dans les douanes, servira dans les colonies...Le 2 avril 1941, il épouse à Oran, Yvette Boué, originaire de Montgaillard, dont il aura deux enfants...A la retraite, il se retirera à Montgaillard et mourra à Saint-Gaudens le 16 juin 2009 à l'âge de 95 ans.

Roger venait souvent à Larrigau, aimait discuter avec les gens qu'il rencontrait et se souvenait qu'il allait, enfant, garder les vaches avec son grand-père Antoine, là-haut sur la colline, au bout de la Ruérole, à l'"amargi de Hélin" ouo au bord du Rucan, au fond des bois vers la Traouère... Sa mère Jeanne Marie vivra jusqu'en 1938 à l'âge de 56 ans : elle repose, au cimetière de Lannes, auprès de ses parents Antoine et Thérèse et de son oncle Jean décédé dix ans plus tôt ainsi que de son frère Jean-Marie mort en 1957...La belle propriété que Bertrand Pac, originaire de Castelbiague, tenait de son épouse Joséphine Pujol ( de Caillau) connaîtra un triste sort : la mort du métayer Jean Lagarde, père de Paul, à l'âge de 60 ans en 1913, le départ du fils cadet pour Saint-Girons, puis celui de l'aîné et du troisième pour la guerre, le décès du propriétaire en 1921, entraineront le déclin d'une métairie qui avait appartenu aux seigneurs de Montastruc avant la Révolution ! Elle finira par être vendue en morceaux ...

Le sort s'acharnera sur la fratrie Lagarde :

- Le dernier des cinq frères, né en 1896, qui s'appelait Paul comme l'aîné mourut jeune (entre 1902 et 1912 probablement à Cazavet).

-Le second, Pierre, né en 1886, mobilisé en 14, fut évacué malade ( tuberculose) le 16 juillet 1917. Retiré à Montastruc, il ira mourir à Lescure le 12 novembre 1921.

-Le troisième, Jean, né en 1891, soldat au 59ème RI, est fait prisonnier le 19 avril 1917. A son retour, il se retire à Montastruc puis part pour Bordeaux, revient à Saint-Girons en 1930 et y meurt de tuberculose le 27 novembre 1931.

-Le quatrième, Louis,né en 1893, d'abord réformé pour problèmes pulmonaires en 1913, sera incorporé en décembre 1914, fait prisonnier le 4 septembre 1916 dans la Somme, rapatrié sanitaire par la Croix Rouge en 1919, il obtient une pension d'invalidité de 100% et décède à Saint-Girons le 5 octobre 1924.

Quant aux filles.... Récit de Denis Cucuron le 16 octobre 2016.

Cet hommage a été prononcé, à Montastruc, le 11 novembre 2016 devant le monument aux morts, en présence de Madame Joelle Lagarde, inspectrice des impôts à Saint-Gaudens, fille de Roger et petite fille de Paul...

C

DE LANNES A LARRIGAU

Une anomalie historique dont nous ignorons l'origine et qu'il fut bien difficile de corriger.

Le vieux cadastre, dit "napoléonien", terminé en 1828, nous indique, en effet, que le chemin qui passe devant l'église s'arrêtait au niveau de l'entrée du nouveau cimetière; au-delà, sur deux cents mètres environ, une servitude permettait la desserte des terres dites des Lannes. Jusqu'à la Révolution Larrigau faisait partie de la paroisse de Chein même si, au civil, le hameau dépendait du seigneur de Montastruc. Lorsque les nouvelles communes furent créés en 1790 on les calqua sur les consulats ( ancien nom des communes) et les limites des paroisses durent coincider avec le découpage civil. Les gens de Larrigau furent donc contraints d'aller enterrer leurs morts à Lannes et non plus à Chein comme ils le faisaient auparavant. Et ceux de Peyreu et Coueilhas durent en faire autant...!

Dès lors l'absence de liaison directe entre Lannes et Larrigau se fit sentir de manière plus gênante : certes les enfants pour se rendre à l'école, les femmes à confesse ou à l'épicerie, les hommes au café pouvaient, à pied, couper à travers champ à condition que le ruisseau ne soit pas en crue mais le corbillard, lui, devait faire le détour par Chein-Debat et le fond du Moncaup ou par la croix des Blancs et Saint-Roch.

L'élection du maire Jean Lassalle dit "Aucat" , de Larrigau, en 1837, favorisa le lancement d'un projet de liaison directe, long de huit cents mètres seulement : la décision fut prise le  7 août 1842; voeu pieux puisque plus d'un demi siècle s'écoulera avant que le projet ne prenne corps! Le manque de moyens, les bouleversements politiques tant locaux que nationaux différeront à maintes reprises la mise en route du chantier. L'élection en 1888 de Bertrand  Pac, lui aussi de Larrigau, redonne du souffle à l'affaire d'autant que certains terrains nécessaires appartiennent à son épouse Joséphine Pujol. Mais la commune doit faire face à de lourds investissements : aménagement de la route n°30 de Mane à Arbas, construction des écoles, réfection de la voirie endommagée par les orages...

Le projet semble, malgré tout, en bonne voie lorsque le maire est mis en minorité le 17 mai 1895 et doit laisser la place à Joseph Touzet. Le nouveau maire reprend le flambeau mais se heurte à ...l'ancien dont l'épouse ne veut plus céder les terrains !

La machine administrative est néanmoins en marche, le budget bouclé, les subventions accordées. La commune a lancé une souscription, prévu un emprunt. Intelligemment, le tronçon Lannes-Larrigau a été intégré au projet de la route n°2 Lannes - La Ribereuille. La catastrophe du 3 juillet 1897 qui a emporté tous les ponts et détruit la plupart des chemins, au lieu de stopper le projet, va permettre, au contraire, de l'accélérer grâce aux subventions exceptionnelles liées aux intempéries.

La commune va même renoncer à l'emprunt : grâce au rabais consenti par l'entrepreneur la part communale pourra être financée par le produit de la vente de coupes de bois. La route est déjà pratiquement terminée lorsque l'opposition au maire tente un dernier baroud d'honneur : même si l'ancien maire accepte en 1898 de donner des terrains de son épouse comme promis, une quinzaine de souscripteurs en espèces refusent de verser la somme qu'ils se sont engagés à donner. La commune devra plaider jusqu'en 1902 et aller jusqu'en appel, à Toulouse, pour obtenir gain de cause.

Denis Cucuron

Récit de Denis Cucuron lors de la commémoration du 11 Novembre 2016

Jean, Bertrand, Augustin PAC

Jean PAC est né à Montastruc-de-Salies, quartier de Larrigau, le 7 février 1889. Il était le fils de Jean-Louis Pac, originaire de Castelbiague (Petits Berrets), et de Marie Lassalle qui habitaient la maison de Robert Gallart. Son oncle Bertrand, marié à Larrigau lui aussi, a été maire de Montastruc de 1888 à 1896.

Il était le troisième enfant, retardataire, du couple qui avait eu, dix ans plus tôt, un garçon, décédé pendant son service militaire à Pamiers et une fille qui se mariera à Saleich (Valle).

Plutôt petit (1,61m), cheveux noirs, yeux sombres Jean avait un visage émacié. Il était relativement instruit (3/5 au barème militaire cad minimum certificat d’études).

Le parcours militaire de Jean sort de l’ordinaire. En effet, alors que ses copains partaient dans l’infanterie à St-Gaudens, Pamiers, Toulouse ou Montauban, lui sera affecté à la 20ème Section de COA (Commis et Ouvriers d’Administration) où l’on retrouvait tous les fils à papa, les « planqués » en quelque sorte. Le tonton devait avoir des relations en tant qu’ancien maire ! La deuxième originalité c’est que la 20ème Section est celle d’Alger ! Sans doute l’avait-il demandé. Jean embarque donc le 14 octobre 1910, arrive à Alger le 16. Il effectuera tout son service en Algérie et participera même, entre 1911 et 1912, aux opérations de guerre dans le sud, aux confins algéro-marocains.

Lorsqu’il est démobilisé le 25 septembre 1912 il est affecté, dans la réserve, à la 17ème Section de COA à Toulouse.

A la mobilisation, le 2 août 1914, il est affecté au troupeau de bétail du XVIIème Corps d’Armée !

Le 20 octobre 1915 il passe au 7ème RI de Cahors puis, sur le front, le 7 décembre, au 59ème RI de Pamiers.

Le régiment arrive sur Verdun début mars 1916 alors que la bataille fait rage depuis février. Il occupe une position cruciale et dangereuse face à la forêt d’Avocourt au pied des tragiquement célèbres hauteurs de la cote 304 et du Mort-Homme. Le 9 mai le régiment se prépare à une attaque sur le bois d’Avocourt et l’artillerie française pilonne les positions allemandes. L’artillerie ennemie ne riposte que mollement mais, néanmoins, on compte ce jour-là, côté français, deux blessés par éclat d’obus : le sous-lieutenant Becq de la 4ème compagnie et… le soldat Pac de la 5ème. Ce dernier est atteint de plusieurs éclats d’obus : son bras est fracassé et, surtout, un éclat l’a atteint à la tête. Il est évacué vers l’ambulance (hôpital de campagne) de Froidos où il décèdera le lendemain. Quant à l’attaque prévue elle sera différée à cause du mauvais temps !

La dépouille de Jean sera rapatriée après la guerre et inhumée à Lannes où elle repose auprès de son père.

Sans succession la maison passera aux Ferré puis aux Gallart…

 

Paul LAGARDE

Le soldat Paul LAGARDE, marsouin de 2ème classe au 24ème RIC, tombé au champ d’honneur le 16 avril 1917 était un enfant de chez nous même s’il était né, le 24 février1882 à Loubersenac, commune de Lescure, en Ariège. Aîné d’une famille de huit enfants (5 garçons et 3 filles) il suivra ses parents, Jean Lagarde et Marie Descouens, métayers, à Cazavet d’abord, puis à Plaisance en 1911, avant de s’implanter à Montastruc en 1912 où une autre branche de la famille Lagarde est déjà installée; ils résidaient au quartier de Lannes mais travaillaient la propriété de l’ancien maire Bertrand PAC, à Larrigau (Aucat).

C’est là qu’il fera connaissance avec celle qui deviendra son épouse le 19 avril 1913, Jeanne Marie Escaich, dont les parents, originaires de Lescure eux aussi, sont également métayers à Larrigau chez « Hélin » (NB : on se marie entre métayers !).

Mais le 18 septembre suivant Jean, le chef de famille, meurt prématurément à l’âge de 60 ans et Paul se retrouve chef d’exploitation…

Paul Lagarde n’était pas très grand, 1, 63 m, peu instruit (il savait à peine lire). Il avait les cheveux et les yeux châtains, le visage ovale, le nez relevé… En tant qu’aîné de famille nombreuse il sera dispensé de service militaire c'est-à-dire qu’il n’effectuera que 10 mois au lieu des deux ans réglementaires. Il est incorporé, le 14 novembre 1903, au 20ème RI (Toulouse) jusqu’au 18 septembre 1904 puis affecté à la réserve du 83ème RI à St-Gaudens ; le 15 avril 1914, comme beaucoup d’autres, il est transféré au 24ème Colonial de Perpignan dans le cadre du plan XVII.

Mobilisé le 11 août 1914 il part pour le front le 3 septembre et rejoint son unité près de Vitry-le-François au moment où se déclenche la bataille de la Marne.

Peu après son départ, Jeanne Marie, son épouse, restée à la maison, s’aperçoit qu’elle est enceinte ! L’enfant, un garçon, prénommé Roger, Jean-Marie, naîtra le 1er avril 1915 à Larrigau dans la maison des parents de la mère, coutume générale à l’époque, (maison de Marie Bringué) et non chez son mari, à Lannes.

Ce jour-là Paul se trouve dans une situation délicate en Champagne : les troupes coloniales viennent de reprendre le fortin de Beauséjour à l’ennemi après des combats acharnés et meurtriers ; en ce premier jour d’avril 1915 c’est le régiment de Paul qui se trouve en première ligne pour défendre le terrain conquis les jours précédents tandis que les Allemands bombardent à outrance la colline qu’ils viennent de perdre ; et tous les jours des hommes tombent frappés par des éclats d’obus. Paul s’en sortira mais, six mois plus tard, il aura moins de chance : pendant la préparation de l’attaque de la Main de Massiges, dans la Marne, un éclat d’obus le frappe à la cuisse droite le 1er octobre. Evacué vers un hôpital où il sera soigné pendant deux mois, il retournera au dépôt, à Perpignan, le 30 novembre suivant. C’est, sans doute, pendant sa convalescence qu’il pourra venir voir son fils Roger, âgé de 8 mois…

Il retourne au front le 21 janvier 1916 et participe brillamment à des combats, sur la Somme, ce qui lui vaudra une citation à l’ordre du régiment le 17 juillet 1916 :

«  Fusilier-mitrailleur courageux et dévoué : malgré la violence et l’intensité du feu, n’a pas hésité à mettre son fusil en batterie pour coopérer à la destruction d’une mitrailleuse ennemie. A participé à de nombreux combats » Il recevra, de ce fait, la Croix de Guerre (étoile de bronze).

Au mois de mars 1917 le régiment fait mouvement vers l’est, le plus souvent à pied et à marche forcée, la nuit, pour venir se placer devant Laffaux, dans l’Aisne, dans la perspective d’une offensive sur le Chemin des Dames. C’est là que, dans la matinée du 16 avril, Paul perdra la vie, peut-être tué par un obus français ! En effet, lorsque l’attaque est déclenchée à 9 heures précises, un brouillard épais couvre le champ de bataille et l’artillerie française ne peut pas situer la progression de nos troupes. Le sous-lieutenant Charles Tardieu qui commandait une section de la 9ème compagnie (celle de Paul) a raconté en détails les événements : il a, lui-même, envoyé des fusées rouges pour signaler sa position ; en vain ! L’artillerie amie continuait de tirer trop court ! Il ne restera rien de la 9ème compagnie : tous les officiers seront tués ou blessés. Le terrain conquis est couvert de cadavres bleus ! Le sous-lieutenant Tardieu avec les quelques hommes qui lui restent, à court de munitions, est fait prisonnier…

D’abord porté officiellement disparue la dépouille de Paul sera finalement retrouvée, le 20 avril, provisoirement inhumée dans une tombe dans une carrière de Laffaux près du hameau des « Trous » (plaque n°935 en plomb) et transférée, en 1921, dans la Nécropole Nationale de Vauxaillon où elle repose, aujourd’hui, dans une tombe numérotée 1271.

Jeanne Marie, elle, sera déclarée « veuve de guerre » et touchera une pension tandis que le petit Roger sera classé, en 1918, « pupille de la nation » ce qui lui permettra de suivre des études gratuitement (à la charge de l’état). Il ira à l’école à Lannes et ses anciens camarades de classe se souvenaient d’un élève studieux et tenace ; parfois, son institutrice, Madame Castex, lui donnait un problème particulièrement compliqué à résoudre. S’il n’y parvenait pas il refusait l’aide de la maîtresse: il prenait le travail à la maison et, dut-il y passer la nuit, revenait le lendemain avec la solution ! Il fera carrière dans les douanes, servira dans les colonies… Le 2 avril 1941 il épouse à Oran, Yvette Boué dont il aura deux enfants… Il se retirera à Montgaillard et mourra à St-Gaudens le 16 juin 2009 à l’âge de 95 ans.

Roger venait souvent à Larrigau, aimait discuter avec les gens qu’il rencontrait et se souvenait qu’il allait, enfant, garder les vaches avec son grand-père Antoine, là-haut sur la colline, au bout de la Ruérole, à l’ « amargi de Hélin » ou au bord du Rucan, au fond des bois vers la Traouère…

Sa mère Jeanne Marie vivra jusqu’en 1938 à l’âge de 56 ans : elle repose, ici, auprès de ses parents Antoine et Thérèse et de son oncle Jean décédés dix ans plus tôt ainsi que de son frère Jean-Marie mort en 1957…

La belle propriété que Bertrand Pac, originaire de Castelbiague, tenait de son épouse Joséphine Pujol (de Caillau) connaîtra un triste sort : la mort du métayer Jean Lagarde, père de Paul, à l’âge de 60 ans en 1913, le départ du fils cadet pour St-Girons, d’abord, puis celui de l’aîné et du troisième pour la guerre, le décès du propriétaire en 1921, entraineront le déclin d’une métairie qui avait appartenu aux seigneurs de Montastruc avant la révolution ! Elle finira par être vendue en morceaux…

Le sort s’acharnera sur la fratrie Lagarde :

  • Le dernier des cinq frères, né en 1896, qui s’appelait Paul comme l’aîné mourut jeune (entre 1902 et 1912 probablement à Cazavet).

  • Le second, Pierre, né en 1886, mobilisé en 14, fut évacué malade (tuberculose), le 16 juillet 1917. Retiré à Montastruc il ira mourir à Lescure le 12 novembre 1921.

  • Le troisième, Jean, né en 1891, soldat au 59ème RI, est fait prisonnier le 19 avril 1917. A son retour il se retire à Montastruc puis part pour Bordeaux, revient à St-Girons en 1930 et y meurt de tuberculose le 27 nov. 1931.

  • Le quatrième, Louis, né en 1893, d’abord réformé pour problèmes pulmonaires en 1913, sera incorporé en décembre 1914. Fait prisonnier le 4 septembre 1916 dans la Somme. Rapatrié sanitaire par la Croix Rouge en 1919 il obtient une pension d’invalidité de 100% et décède à St-Girons le 5 octobre 1924.

Quant aux filles…

Sources :

  • Etat civil en ligne de Lescure et Montastruc

  • Archives numérisées du Ministère de la Défense (Mémoire des Hommes)

  • Archives numérisées de la Haute-Garonne et de l’Ariège (registres matricules)

  • Témoignages de Roger Daffis, José Bringué, André Escaig…

  • Récit de la bataille de Laffaux : www.chtimiste.com

  • Aide généalogique : Huguette Braquet

Denis Cucuron, 11 novembre 2016